Mille trois cents logements supplémentaires dans les huit prochaines années ! Je dis STOP

Une catastrophe environnementale, sociale, économique pour Argelès : un amoindrissement de la qualité de vie pour tous les Argelésiens aujourd’hui, et pour nos enfants demain !

Voilà pourquoi j’ai voté contre et totalement opposé, au plan local d’urbanisme de toute la majorité municipale. 

Si on entre dans le détail : les terrains au sud de la rivière de l’Abat en allant vers le Racou doivent rester totalement inconstructibles, particulièrement pour des raisons de sécurité des biens et des personnes mais aussi environnementales. 
Construire une nouvelle zone au nord de la quatre voies est une aberration ! Où va-t-on s’arrêter ? Au Boulou ! Quelles seront les conséquences des eaux pluviales sur les 15 hectares urbanisables à Neguebous.  Toute cette urbanisation va enlaidir notre village ? enlaidir nos entrées de ville, bien pire hélas ! Cette politique qui ne jure que par le profit et se faisant en dépit du bon sens va tout simplement défigurer, et surtout insécuriser Argelès. A contrario de ces décisions du pire : il faut acheter des maisons dans le centre du village, les aménager confortablement pour des familles Argelésiennes. Voilà l’avenir ! Dynamiser le cœur d’Argelès autour de la place, de la rue de la République, avenue de la Libération, route nationale, mais aussi pour plus de sécurité. Au lieu de créer de nouveaux quartiers, commençons par aménager, entretenir et sécuriser l’existant. 

Charles Campigna, conseiller d’opposition du conseil municipal d’Argelès 

Argelès épisode 3 : Francis le coiffeur

Avant les vendanges, la cave est impeccable. Le nettoyage se fait à grande eau. Tout est récuré dans les moindres recoins. Les comportes en bois sont rangées les unes sur les autres autour des palmiers du parc de la villa St Malo, et nous les remplissons d’eau du puits, matin et soir. 

Chaque année on en change, ou on les fait réparer. Direction Sorède où se trouve le dernier des tonneliers. Avec un pot de peinture rouge, sur toutes les comportes, on écrit ou réécrit les initiales de mon père G.C : elles remplacent celles de mon grand-père A.C. Je suis content de voir qu’il en reste quelques-unes avec les initiales de mon grand-père, comme sur les caisses d’abricots. 

Les sécateurs qu’on avait rangés et huilés à la fin des vendanges précédentes sont retirés d’un linge qui les tenait à l’abri de la rouille.  On en prend autant soin que pour des outils chirurgicaux, on est ainsi sûr de les retrouver prêts à servir. On ne casse rien. Petit à petit, chaque année les seaux en plastique remplacent les bidons en fer, au grand plaisir des videurs. On n’arrête pas le progrès. Quelques grammes de moins par seau, à la fin de la journée ça se compte en tonnes ! Parlez-en à Jean-Pierre. Les pals pour soulever et emporter les comportes au bord du chemin sont là. Il ne manque rien, les vendanges peuvent débuter. 

La semaine qui précède, mon père se rend chez son ami et coiffeur Francis Laplace. Sans rien me demander il m’emmène avec lui. Je fais la grimace car je sais qu’en sortant je serai rasé, les oreilles bien dégagées. On ne me demande pas mon avis. En arrivant au salon de coiffure, la fumée intense de cigarettes ne dérange personne, 4 personnes assises n’attendent pas pour se faire coiffer, mais pour échanger les dernières nouvelles de la Grenouille, du dernier Tour de France remporté par Félice Gimondi devant toujours Raymond Poulidor, mais tous rassurent mon père pour la météo qu’ils voient favorable pour un mois. Il y a Pitous, Guy Sizarols avec la chaise à l’envers, il s’appuie toujours sur le dossier, la cigarette sur le bout des lèvres. Firmin Rovira qui a toujours une blague à raconter, le colonel Larche avec son chien, un bouledogue.

Le mardi ils font le bilan du match précédent de la Grenouille, et à partir du jeudi ils construisent l’équipe. Des vrais supporters. Les échanges portent aussi sur les nouvelles recrues. Ravis de constater qu’il y a des grands, du lourd et des méchants, pour se faire respecter à Céret, Thuir, Prades et Elne. Un grand qui ressemble à Jacques Massot.  Cela convient à tout le monde, à Argelès on aime la castagne, mais prudent on attend de le voir sur le stade du Marasquer.  Bref, on parle de tout sauf de coiffure.

Ils attendent 19 heures et le son des premiers coups du clocher pour rentrer à la maison, pour retrouver leur famille, et surtout la bonne «soupe» préparée par leur épouse. Trop petit pour être assis sur le grand fauteuil, Francis dépose une planche en travers pour que je puisse arriver au niveau de la glace et constater qu’il ne me restera pas grand chose sur le crâne. D’autant que les amis de papa conseillent à Francis de ne pas hésiter à faire marcher la tondeuse, la rentrée des classes n’est pas loin. Je suis furieux en silence.  « aquesta setmana t’envia el nen el podes esquila » rétorque Guy Sizarols. Francis Laplace se retourne pour discuter ce qui ne l’empêche pas de continuer à me tondre sans observer ma tête ! Je me demande s’il va me rester des poils sur le caillou… Mais il est impensable pour mon père de m’emmener chez un autre coiffeur, Francis est son ami. Il deviendra le mien aussi. 

19 heures, au premier coup de cloche, ils se lèvent tous, 2 coups ils passent la porte. Guy Sizarols, sans donner un seul coup de pédale à sa mobylette, monte le carrer Llarg. Mon père donne un coup d’œil discret à la girouette du clocher, la tramontane rentre, très bien il fera beau. Firmin tout aussi discrètement inflige un léger coup de pied au bouledogue du Colonel Larche, ce qui énerve  aussi bien le propriétaire que le chien. L’objectif de Firmin est atteint. Ils se séparent tous heureux et tout aussi heureux de retrouver leur famille. La suite avec les vendanges, la St Côme, St Damien, les copains, les ami(e)s, les amours….

Charles

Argelès épisode 2 : les vendanges 1965 / 1980

Rêver, se remémorer le passé et la nostalgie sont deux choses différentes. Il s’agit surtout de garder les pieds sur terre, et de toujours se rappeler d’où l’on vient. Dans le monde où nous vivons, nous n’en avons jamais assez, il en faut toujours plus, et particulièrement du superficiel. 

Il faut se rappeler qu’avant, avec peu d’argent mais beaucoup d’amour en famille, de loyauté entre amis, de respect avec nos anciens, un minimum de discipline, qu’avec ces valeurs, qu’avec des choses simples nous étions naturellement heureux à Argelès. Mais on ne le savait pas. Le bonheur ne se raconte pas, il se vit au présent. On prend le temps de tout, on vit au rythme des saisons. On ne mange pas de tomates en hiver, ni de choux en été. 

Septembre 1965/1980, pour les vendanges on a plusieurs groupes bien distincts dans la colle, les gitans de Figuères, une famille d’Espagnols d’Andalousie, des Argelésiens, des hippies et la famille. Jany ma cousine de Bages et son jeune frère Petit-Jean, (on l’appelle Petit-Jean pour le différencier de son père Jean), Pierre et Daniel Grau mes cousins du côté de maman. Pour moi, les vendanges sont une fête, il y a du monde qui passe à la maison. La maison est grande. Je dors avec l’un avec l’autre. Ils s’occupent de moi et de ma sœur Gabrielle. Je ne savais pas qu’à cette époque insouciante, agréable, je nouais des liens très forts avec mes cousins. Le soir, personne ne part au lit avec la faim au ventre. Ma grand-mère Angèle nous gâte avec ses plats simples mais oh combien riches et gourmands ! Les restes sont pour  » l’azmourza » du lendemain dans la vigne. Le plat que nous préférons tous : les macaronis au gratin avec la saucisse grillée de chez Terradells, le gruyère râpé de chez Mimi de l’Abeille d’Or,  et de la mie de pain sec. Un délice !La cuisine de maman est différente mais tout aussi succulente, ses origines catalanes du sud n’y sont pas étrangères, mais aussi une cuisine plus moderne comme les croque-monsieurs avec un œuf qu’on adore avec Gabrielle, papa tout autant que nous, mais il ne le dit pas.    

Toute la famille passe à la maison du fait que nous habitons avec mes grands-parents Angèle et Albert. Maman, née Jacqueline Grau n’était pas d’une famille d’agriculteurs. Mes grands-parents maternels Rita et Joachim, ont un atelier artisanal de fabrication de bouchons. Avec ses deux frères aînés Sauveur et Louis, elle a eu une enfance douce. Elle arrondissait souvent les angles dans la famille Campigna, plutôt brut de décoffrage. Début septembre avec papa et Firmin Rovira un ami, nous allons à Figuères rencontrer la famille de gitans qui viendra vendanger à la maison. 

Ils discutent au bas d’un immeuble avec le chef des gitans, les autres tout autour écoutent et ne disent rien. L’épouse du chef s’approche avec un enfant de 5 ou 6 mois dans les bras. Firmin: «va néixer quan aquest nin ». Réponse de la gitane : «par les mongetes ». Ils se serrent la main et on repart. Voilà une famille qui est venue vendanger à la maison sans problèmes pendant plus de 30 ans. 

Ils logeaient place de la République, (là où Janvier-Petit est né, ancien radiologue). La maison appartenait à la famille de Vilmarest. Le soir, en rentrant de vendanger, ils traversent le village : les femmes chargées comme des mules, les enfants sous les bras, les hommes les mains dans les poches. Les sénateurs étaient jaloux… Ils achètent tout dans le village, particulièrement à la coopérative alimentaire Bourgeala (aujourd’hui Crédit Lyonnais). A gauche, en entrant, des tonneaux d’olives vertes, noires, servies dans une cuillère en bois troué. À droite, au bout d’un long comptoir, la machine à encaisser fait un bruit à chaque tour de manivelle ! et le tiroir s’ouvre, tout aussi bruyant ! Ce bruit je l’entends encore… Les gros pains à la boulangerie Sicard. Les Espagnols logent rue de la Paix, une maison qu’avait achetée mon grand-père dans les années 30. Ils arrivent dès le mois de juin pour faire la saison à la plage. La famille est au complet, des grands-parents aux petits enfants. Les hommes terminent la saison par le pressurage dans la cave de la villa St Malo. Au mois d’octobre, ils repartent en Espagne avec un joli pactole bien mérité. Ils sont venus une vingtaine d’années. 

Mon père transporte tous ces travailleurs dans les vignes, dans un camion «Hosquicht» bâché avec des planches en travers pour que tout le monde puisse s’asseoir, on s’entasse, il ne faut pas oublier les bonbonnes d’eau avec le canti. A partir de 15 heures on entend «agua, agua». Je suis  chargé de passer chez tous les vendangeurs leur proposer de quoi les rafraîchir avec ce fameux canti, sans perdre de temps. Ce canti aujourd’hui décore la cuisine de mon fils Benjamin. La maison de ses arrières-grands-parents. Le feu au sol est toujours là, avec le chien sous la plaque.  Il n’est pas facile de trouver des Argelésiens pour vendanger, les colles sont nombreuses dans le village et chacun par loyauté envers un membre de sa famille va, qui chez Compristo, Moret, Padaillé, Trescases, Deprade, Massot. Beaucoup de jeunes d’Argelès font les vendanges, puis pour certains terminent sur la Côte-Vermeille pour rentrer le Collioure et le Banyuls.  Beaucoup vendangent aussi en famille les samedis et dimanches. La famille des ouvriers à l’année se joint à nous, ce qui tisse des liens d’amitié entre tous. Antoine Vives, les Marti le long et le court, Pol Jean, François Cômes, Michel Garcia, Benjamin l’Arménien, Vicente Salvadù, Camille Bas, Etienne Pujol, le père Roldan un grand danseur de sardane et bien sûr, Pierre Giro & fils.   Des copains, des ami(e)s comme Jean-Pierre Bournet, Anne Sizarols, Anne Thomas, ses sœurs, Henri Castillo, Bernadette Malafré…

Il y avait toujours des hippies qui passaient chercher du travail. Il ne faut pas se fier aux apparences, ils ont toujours bien bossé. Parmi les cueilleurs, une a plus d’importance que toutes les autres, la tête, la « moussegne », une femme en qui mon père a toute confiance, une femme qui au moment de changer de rangée, le fait sans perdre une seule seconde, d’un pas rapide, et tout le monde suit. Mon père, très attentif à cette manœuvre, n’hésite pas à baisser la tête et avancer en coupant des grappes de raisins dans la  6ième, 7ième rangée, et tout le monde avance, toujours sans perdre de temps. Mon grand-père, avec sa canne et sans un mot, en impose naturellement. 

Le matin, les hommes arrivent les premiers, vont directement à la petite cave remplir le vin pour la journée. Les hommes ont droit à 3 litres par jour, les femmes 2. Mon grand-père tient un petit registre, il y a le nom de tous les vendangeurs, en haut la date et on coche d’une simple croix dès que le vin est tiré. Mon grand-père surveille de près cette comptabilité que je croyais à l’époque la plus importante de la journée ! A mes 15 ans, je le remplace dans cette tâche. Ma grand-mère Angèle en rentrant de la petite cave me disait : «amb ben tança l’aixete » (t’as bien fermé le robinet).  j’y retournais car le doute m’envahissait, même si j’étais sûr de l’avoir fermé.  En ce mois de septembre à la villa St Malo, tous ou presque ont quitté les lieux, sauf M. & Me de Capèle. Ils apprécient cette période de vendanges, le parc était animé, leurs enfants ont laissé place aux vendangeurs.  

Monsieur de Capèle, espadrilles blanches, aime se rendre dans les vignes particulièrement pendant les vendanges. Il est souvent pensif, avance d’un pas lent mais sûr. Rien ne lui était plus étranger que de parler dans le vague, pour ne rien dire. Ses paroles sont justes et toujours à égalité avec les personnes avec qui il échange. Quand il arrive dans la vigne où nous vendangeons, on le remarque tous immédiatement, toutes les femmes gardent la tête baissée dans les ceps et les hommes vident les seaux même à moitié vide.

En période de vendanges, Argelès s’anime très tôt. On achète du frais tous les matins chez nos épiciers.  Abeille d’or chez Mimi Calvet, Remolins, Baptistine Malgrat puis Louis Got, Bourgeala, Trilles, Burgas, Alabadie puis Michèle Oms, sont sur le pont pour satisfaire au mieux ces travailleurs qui pendant un mois vont rentrer la récolte d’une année de travail. Ces épiceries sont le lien social des Argelésiens que l’on recherche tant aujourd’hui. Le « carrer Llarg » la rue la plus commerçante du village. On se lève tôt et on se couche tôt aussi. L’ORTF nous propose en noir et blanc « au nom de la loi » avec Steve McQueen et Thierry la Fronde avec Jean Claude Drouaut. 

A Bientôt, la suite avec la St Côme-St Damien, l’école, le rugby, les copains, les ami(e)s, les amours. 

Charles

Argelès épisode 1 : 16 septembre 1957

En cette année 1957, dans la majorité des familles viticoles argelésiennes, les vendanges ont débuté le lundi 16 septembre. 

Je le sais car tous les ans on me répète affectueusement « Charles tu es né le premier jour des vendanges ». Je ne crois pas particulièrement aux augures mais sans savoir pourquoi j’en suis fier. 

Pierre Giro en a informé mon père lors du premier voyage des comportes de la vigne à la cave dans le parc de la Villa St Malo. « Gaby, tens un fill, té felicito » 

Ce premier voyage a eu lieu à 9h00 ; la journée était déjà bien avancée ; les vendangeurs en profitaient pour déjeuner copieusement. Et cela permettait aussi de vider les comportes. On arrivait ainsi à midi sans aucun arrêt de la colle en attente de comportes vides. Tout était réglé comme du papier à musique. 

Après la guerre où la majorité des vignerons transportaient les raisins de la vigne à la cave avec des chevaux, les journées étaient plus longues à la vigne. Pour 8 heures de travail payées on était 11 heures dans la vigne. Beaucoup d’arrêts pour donner le temps aux chevaux de faire les allers retours de la vigne à la cave et vice versa, on en profitait pour le petit-déjeuner, déjeuner, goûter. Autant de moments de convivialité qui manquent aujourd’hui.  

Selon l’origine des vendangeurs, le déjeuner variait. 

Pour les Espagnols il y avait du pain, de la tomate, du chorizo, des sardines en boîte. 

Omelette de pomme de terre, thon à la tomate, jambon de montagne, fromage rouge constituaient le menu des Catalans/Français.

Pour les jeunes du village comme les sœurs « Thomas » des vaillantes, « JP Bournet » un solide qui vidait les seaux, « Bernadette Malafré » qui venaient tous arrondir leur portefeuille pour l’indispensable de la maison : c’était le sandwich maison jambon & fromage enroulé dans le papier d’alu, que l’on jetait par terre sans plus de façons, on ne se préoccupait pas d’environnement. 

La colle était composée de 24 cueilleurs, 3 videurs de seaux, 6 hommes pour sortir les comportes des vignes, 2 tractoristes, un homme pour faire les chemins dans les vignes, 2 hommes pour charger, décharger les comportes. Pierre Giro dans la cave avec mon grand-père, et mon père pour tout orchestrer. 

Si au fond de mon couffin, au deuxième étage du 69 de la route nationale, j’ouvrais à peine les yeux, je sais parfaitement tout ce qui s’est passé avant, pendant et après cette date du 16 septembre 1957.  

Yvonne Simonet, une Argelésienne sage-femme qui a mis au monde grand nombre d’Argelésien(ne)s était naturellement là pour tout orchestrer et particulièrement me tirer du ventre de ma mère, et dire haut et fort 

« c’est un garçon » 

Mes Grands-Mères, Angèle et Rita étaient là bien sûr, depuis les premiers gémissements de Maman. Puis Tata Jeannette est arrivée avec son sourire qui la caractérise particulièrement. Tata Jeannette était très attachée à son petit frère Gabriel, mon père. 

Et après, ce fut le défilé des cousines, Chouchou, Lucie, Mithée et les Bosch suivirent avec Tata Odette et Jany. 

« Oh qu’il est joli, il est magnifique » je crois que c’est la première et dernière fois que j’ai eu autant de compliments. 

On ne pouvait pas compter sur Tata Dédé, enceinte d’Albert. Elle était paraît-il énorme. Mon cousin est arrivé le 11 octobre. 

Mon oncle Sauveur et Tante Anita Grau étaient au Maroc avec Pierre Maithé et Daniel. 

Ne comptez pas sur les hommes de la famille pour venir s’attendrir sur mon sort à la mi-septembre, il y avait plus important « les vendanges »

Tous les ans, les vendanges se répétaient selon le même rituel.

Début septembre, les rencontres entre vignerons étaient régulières, pour connaître les prélèvements dans les vignes avec le fameux mustimètre. Oh combien fragile ! Il fallait le manipuler avec précautions. Un mustimètre mesure le pourcentage d’alcool dans le raisin. Et par conséquent sonne le début des vendanges. On savait aussi que dès ce moment, on irait au bout sans aucun jour d’arrêt, dimanche compris. Toute une année de travail repose sur ce mois de septembre.

Mon père, tous les soirs, se rendait à la cave coopérative pour connaître les prélèvements des autres vignerons. Et chacun y allait de sa vérité sur le mustimètre qui plongeait dans l’éprouvette.  Émile Surjus avec toujours une pointe d’humour, rappelait qu’avant la guerre c’était différent et plus dur. Il y avait André llose, Jeannot Raspaud, Paul Surjus, Lucien Cavaillé, Lucien Nogués, mais à la fin, dans son autorité naturelle, mon oncle Francis Trescases (Président de la cave Coopérative) tranchait seul pour l’ouverture de la cave coopérative, et tout le monde était d’accord.  Et à partir de cette décision, oh combien importante, le monde viticole argelésien s’activait. 

Mon oncle Jean Bosch de Bages venait aussi aux nouvelles, on l’écoutait attentivement à la maison. Il faisait souvent référence aux récoltes précédentes.

Le début des vendanges, date solennelle entre toutes. Les épouses se font discrètes pour ne pas perturber leurs maris déjà bien tracassés par le moment le plus important de l’année « les vendanges ». Ces femmes silencieuses mais indispensables à la vie des foyers, laissaient leurs maris aux commandes. Mais, attention ! les femmes régnaient à la maison ; pour le travail de la terre c’est l’homme qui dirigeait sans partage.  

Dans les maisons, on parlait Catalan pour le travail de la terre, pour le reste on échangeait en Français. 

Tôt le matin, il y avait du monde dans les boulangeries, chez Briqueu, de notre amie Mado et sa tante Jeannette,  chez Pomarède (puis Lopez, pied-noir arrivé en 62 d’Algérie) à la charcuterie Terradells puis boucherie / charcuterie Marti aujourd’hui Jouanola. 

La boucherie Bails face à l’église « carrer llarg » dans cette famille ils étaient tous sympas, la fille Evelyne est née comme moi en 1957, et plus haut la boulangerie Sicard, les parents sont arrivés de Salses dans les années 50. La fille Martine (nous sommes du même âge), elle a toujours été sérieuse, directe et franche. La boucherie Fabre, place de la République (la place de la mairie à l’époque). A la sortie des boulangeries, les gens disparaissaient derrière les gros pains ! chargés comme des mules. 

Puis le journal l’Indépendant, chez le père Maso campé derrière son comptoir. Dès qu’il se baissait on chapardait des bonbons.  Le journal à cette époque a 3 objectifs majeurs : la lecture du matin pour connaître les nouvelles ; allumer le feu lors des grillades ; finir sa vie au fond des toilettes dans la cour (derrière la porte les feuilles du journal sont fixées sur un simple clou). On n’avait qu’à tirer une page tout simplement. Jamais de pénurie… A l’époque, sans cosmétiques, on avait l’épiderme moins fragile : la peau du cul était tannée ! Les toilettes à l’extérieur étaient un calvaire en plein hiver, on ne s’attardait pas… Mais dès que le temps était plus clément on prenait ses aises : on pétait tranquille ! On épluchait l’Indépendant qui datait de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois sans se soucier de nouvelles fraîches…  

M. Moret possédait la cave en face de celle où papa travaillait. Pendant les vendanges il avait du jus de raisins de la tête au pied toute la journée. Ce brave homme s’échinait dans sa cave : monter et descendre sans cesse de haut en bas des cuves. Et, comme dans toutes les caves, les escaliers en bois étaient raides… Il contrôlait tout et tout le monde. C’est lui qui le premier a acheté un enjambeur à Argelès, un Massey Ferguson.  Antonio Salgado travaillait pour M. Moret. On l’entendait arriver tous les matins du chemin du mas Cristine dans un concert tonitruant : sa vieille mobylette pétaradante. Un célibataire endurci qui vivait dans un casot sans eau ni électricité. Il portait un très vieux béret, une cigarette toujours vissée au bout des lèvres, sa voix de stentor animait le quartier.

Début septembre, les vignerons (M. Padaillé particulièrement) empilaient leurs comportes le long de la route des Trabucayres. Tout à côté du canal d’arrosage, il n’y avait plus qu’à se servir pour remplir les comportes d’eau : elles devenaient ainsi étanches naturellement. Je n’ai jamais entendu parler d’un vol de comportes. 

Mon père avec sa 2CV parcourait toute la Salanque, le Salita, la Couloumine, le camp del Sayrou (aujourd’hui camping les galets) car c’est dans ces vignes que l’on commencerait à couper les premières grappes. Le raisin mûrissait en premier, mais il fallait aussi être prévoyant quant aux équinoxes de septembre. 

Par temps de pluie, il était impossible de rentrer dans ces vignes, sans risquer de perdre la récolte. On savait tous que ces vignes de Salanque remplissaient très généreusement les cuves, on dépassait les 120 hectolitres hectare.  Satisfaits, mon père, mon grand-père Albert constataient en fin de récolte que les cuves étaient pleines. Même avec du vin à 11 degrés et une qualité des plus médiocres. En ce temps-là, le plus important était de remplir les cuves, on ne se préoccupait pas de la qualité. 

Voilà, nous sommes le 16 septembre 1957. 

Bientôt la suite avec la St Côme St Damien, l’école, le rugby, les copains, les amours. 

A bientôt, je vous embrasse, 

Charles

Intempéries

Des intempéries sont annoncées les 28 et 29 novembre prochains sur le département des Pyrénées Orientales. Des cumuls importants de précipitations sont prévus dès ce vendredi.

Nous devons nous rappeler que le 3 octobre 2020, des intempéries d’une rare violence ont frappé le Sud Est de la France, l’arrière-pays niçois en particulier. Le bilan humain est lourd, très lourd, des dizaines de morts sont à déplorer. Les dégâts sont spectaculaires et impressionnants, routes emportées, ouvrages d’art effondrés,  maisons d’habitation détruites laissant sur le bord des routes de nombreux sinistrés. Ces phénomènes sont récurrents, déjà en 2015, 20 morts sur la commune de la Napoule, en 1992 les inondations de Vaison la Romaine ont causé la mort de 47 personnes, 36 morts dans l’Aude en 1999.

Ce décompte macabre doit cesser, des mesures doivent être prises dans les communes et dans la notre en particulier très exposée au danger d’inondations. Tous les experts sont d’accord sur le diagnostic et sur les mesures à prendre : l’urbanisation doit être maîtrisée et contenue.  » Plus jamais ça  » claironnent de nombreux élus devant les caméras après chaque catastrophe, ces déclarations faites la main sur le coeur ne doivent pas être oubliées dès que l’émotion est retombée. 

Et pourtant, notre commune semble atteinte, elle aussi par un développement urbanistique débridé : démolition de villas pour remplacer ces constructions individuelles par des immeubles de plusieurs logements, avec bien sûr utilisation des réseaux existants (coût moindre pour l’aménageur !), atteinte aux zones humides alors que la préservation et la gestion de ces zones sont d’intérêt général  (code environnement art.L211-1-1). Ces zones ont un rôle d’éponge, elles régulent de manière efficace les régimes hydrologiques et diminuent l’intensité des crues, l’artificialisation des sols représente un véritable danger pour les habitants lors des crues et doit être limitée. Il est temps que nos représentants élus prennent conscience des dangers que représente une urbanisation sans limites et menée sans aucune concertation.

Sur notre commune comme de nombreux experts l’ont écrit, l’urbanisation  ne doit pas franchir la rivière de l’Abat, c’est rédhibitoire. En particulier, je citerai comme exemple, la construction d’un immeuble de 36 logements à une dizaine de mètres de la rive gauche de la rivière de l’Abat, je n’ai pas vu à proximité l’affichage du permis de construire (peut être que ma vue liée à mon grand  âge baisse…!). En revanche des travaux de déplacement et de confortement sur cette même berge ont été réalisés sur une longueur supérieure à 20 mètres, donc normalement soumis à déclaration loi sur l’eau ( art.L214.1 rubrique 3.1.4.0.) sans aucune information et publicité de la décision préfectorale.

A se demander si le dossier de déclaration a été déposé…! A suivre…

Georges Tura

Comment préserver l’environnement à l’échelle d’Argelès

L’exotisme était de bon ton à certaines époques. Il semblerait que sur ce point rien n’ait changé. On donne souvent des recettes pour préserver l’environnement à plus de 10 000 kms de chez nous, mais quid de la faune et la flore ici à Argelès ?

Je refuse que les cordonniers soient les plus mal chaussés. Il faut être cohérent avec ses valeurs, il est toujours possible de les appliquer à son mode de vie. En tout premier lieu, donner l’exemple. 

L’exemple dans l’aide apportée aux agriculteurs pour développer les circuits courts et une alimentation saine pour tous. 

L’exemple en préservant de la construction des secteurs sensibles comme le sud de la rivière de l’Abat, les Conques, le piémont des Albères. L’exemple dans l’aménagement de notre village. Le refus de la bétonisation à outrance des dernières années provoquant des îlots de chaleur (Gambetta, Libération, Herriot). Autre chose est possible : visitez Céret, Thuir, Rivesaltes. Regardez les aménagements végétalisés de places (platanes), de rues réalisés ces 5 dernières années. 

L’exemple dans les déplacements sur le territoire.    

L’exemple dans la transition écologique, l’exemple par l’achat de véhicules électriques ou hybrides (dans le cadre de l’action publique et pour les particuliers). L’exemple par l’installation de chauffe-eau solaire dans la construction de vestiaires sportifs (stade Cantona). L’exemple dans les économies d’énergies. 

L’exemple par un tourisme de proximité 4 saisons.  

Je pourrais citer une multitude d’exemples. Argelès change en mal et je crains le pire

J’ai été candidat aux dernières municipales pour changer les choses, particulièrement pour préserver notre environnement et donner l’exemple d’une cohérence entre sentiment, idée et action. Battu, je continue de me battre pour défendre mes convictions, mes valeurs, une autre vision Argelès. Une autre façon d’envisager la politique, une autre manière d’aménager Argelès.

Pour nous, pour les générations futures ! 

Charles Campigna, élu d’opposition du conseil municipal d’Argelès. 

Suppression des vols Perpignan-Paris : le refus d’anticiper de la Municipalité

Lors du Conseil Municipal du 24 septembre 2020, notre groupe a proposé à la municipalité une motion pour s’élever contre la décision unilatérale et sans aucune concertation (tant avec le Gouvernement qu’avec les Elus locaux) de la compagnie Air France de diminuer fortement la fréquence des vols entre Perpignan et Paris, et notamment contre la suppression du vol « night stop » qui permet un aller-retour dans la journée.

Après échanges, il avait été acté d’en débattre au Conseil Municipal suivant, le temps pour chacun d’apporter ses arguments.

Nous avons donc à nouveau abordé cette question lors de la séance du 22 octobre, en soulignant la nécessité que les collectivités se mobilisent pour apporter un soutien à la Présidente de Région dans son action pour le maintien de ces vols.

Le Maire nous a apporté une fin de non recevoir, précisant qu’il attendait la suppression de ces rotations pour engager une réflexion. Une absence d’anticipation flagrante, et lourde de conséquences. Un manque de volonté politique. Or, nous savons tous qu’une fois ces vols supprimés, il sera trop tard pour négocier et espérer leur reprise.

Certes, nous entendons la nécessaire prise en compte de la question environnementale, de la transition écologique, des modes de déplacements alternatifs. Nous pouvons aussi comprendre le devoir pour chacun de revoir ses modalités de travail (télétravail, visioconférence,…).

Cependant, notre Département souffre aujourd’hui d’un manque crucial de transports alternatifs. Comment le rendre attractif dans ces conditions, surtout pour notre économie qui a tant besoin de se développer dans les Pyrénées Orientales ?

Cette réponse du Maire d’Argelès-sur-Mer, qui plus est, Président de la Communauté de Communes, n’est pas à la hauteur des enjeux économiques et touristiques de notre bassin de vie.

Charles Campigna, Patricia Nadal
Elus d’opposition à la Mairie d’Argelès-sur-Mer

Argelès : l’absente du Plan de relance

Où sont les aides de l’État pour Argelès la Naturelle ?

Dans le cadre du plan de relance « France Relance », la Région Occitanie obtient 90,6 millions d’euros pour « soutenir l’investissement des collectivités locales et relancer la commande publique ».

La Plus grosse enveloppe pour les Pyrénées-Orientales

Concrètement, cette somme importante financera 450 projets (à hauteur de quelque 200 000 euros par projet en moyenne) autour de trois thèmes : la transition écologique, la résilience sanitaire et le patrimoine.

Les 13 départements d’Occitanie sont concernés et ce sont les Pyrénées-Orientales qui obtiennent la plus grosse enveloppe de la région : 11,3 millions d’euros dont 3 millions pour le seul Centre de préparation à la Haute performance de Font-Romeu (d’un coût total de 30 millions avec maîtrise d’oeuvre Région Occitanie). Il s’agit du plus gros projet soutenu de toute la région. Le département de l’Aude, lui, bénéficie d’une enveloppe totale de 9 millions d’euros.

Lors du conseil municipal du 24 septembre 2020, nous avions demandé quels étaient les projets présentés par la mairie pour bénéficier de ces fonds. Le Maire nous avait assuré que tout était mis en œuvre pour qu’Argelès profite des aides de l’État, d’autant que les projets ne manquaient pas avec Argelès la Naturelle.  

Cependant, le lundi 26 octobre, l’État présentait officiellement les 450 projets retenus pour son plan de relance dans la région Occitanie. Parmi toutes ces propositions, 613 232 € pour la ville de Prades avec deux projets sur la thématique de la transition écologique.

Rien pour Argelès ! Absence de projets ? Projets insuffisamment préparés ? Projets non retenus ? On ne peut que s’interroger sur les raisons, mais le constat est qu’une fois encore Argelès ne bénéficiera pas de ces aides, au détriment des finances communales, et par conséquent au détriment de tous les Argelésiens.

Charles Campigna, Patricia Nadal
Elus d’opposition

Paysans de la Mer et de la Terre : à votre service

Le drive reprend du service à partir de ce Vendredi 6 Novembre !!!

Vous voulez des produits locaux (légumes, fruits, œufs, fromage, viande, poisson, olivades, miel, bière, vins, ….) et de saison (notre offre évolue chaque semaine) ? Et bien aucune excuse : à vous de jouer 😎

👩‍🏫Petit mode d’emploi pour les nouveaux :
– je télécharge mon bon de commande sur le lien http://www.paysans-mer-terre.org/…/drive-des-paysans-de…
– je le remplis et le retourne par mail à paysans.mer.terre@gmail.com ou en photo par sms au 07.81.47.28.23 AVANT JEUDI 12H !!
– je viens chercher mon colis Vendredi à partir de 17h  à Paysans de la mer et de la terre.

Route Notre-Dame-De-Vie

Personne ne discutera du bien fondé de cet aménagement. Par contre, comme l’atteste la photo ci-dessous, aucune subvention que ce soit du Département, de la Région ou de l’Etat n’est mentionnée.

Comment est-il encore possible de laisser au passage environ 30% d’aides ? En effet, pour un aménagement paysagé comme c’est le cas, les subventions sont d’un montant d’environ 30%. Mais cela nécessite d’en faire la demande et de travailler avec les services de l’Etat et les autres collectivités territoriales.

Totalement incompréhensible ou total amateurisme du maire actuel ? Il est facile pour un maire de réaliser des aménagements, si on ne regarde pas à la dépense. Dans la période de crise que nous vivons aujourd’hui, toutes les possibilités de subventions doivent être recherchées.  

Charles Campigna