Argelès épisode 3 : Francis le coiffeur

Avant les vendanges, la cave est impeccable. Le nettoyage se fait à grande eau. Tout est récuré dans les moindres recoins. Les comportes en bois sont rangées les unes sur les autres autour des palmiers du parc de la villa St Malo, et nous les remplissons d’eau du puits, matin et soir. 

Chaque année on en change, ou on les fait réparer. Direction Sorède où se trouve le dernier des tonneliers. Avec un pot de peinture rouge, sur toutes les comportes, on écrit ou réécrit les initiales de mon père G.C : elles remplacent celles de mon grand-père A.C. Je suis content de voir qu’il en reste quelques-unes avec les initiales de mon grand-père, comme sur les caisses d’abricots. 

Les sécateurs qu’on avait rangés et huilés à la fin des vendanges précédentes sont retirés d’un linge qui les tenait à l’abri de la rouille.  On en prend autant soin que pour des outils chirurgicaux, on est ainsi sûr de les retrouver prêts à servir. On ne casse rien. Petit à petit, chaque année les seaux en plastique remplacent les bidons en fer, au grand plaisir des videurs. On n’arrête pas le progrès. Quelques grammes de moins par seau, à la fin de la journée ça se compte en tonnes ! Parlez-en à Jean-Pierre. Les pals pour soulever et emporter les comportes au bord du chemin sont là. Il ne manque rien, les vendanges peuvent débuter. 

La semaine qui précède, mon père se rend chez son ami et coiffeur Francis Laplace. Sans rien me demander il m’emmène avec lui. Je fais la grimace car je sais qu’en sortant je serai rasé, les oreilles bien dégagées. On ne me demande pas mon avis. En arrivant au salon de coiffure, la fumée intense de cigarettes ne dérange personne, 4 personnes assises n’attendent pas pour se faire coiffer, mais pour échanger les dernières nouvelles de la Grenouille, du dernier Tour de France remporté par Félice Gimondi devant toujours Raymond Poulidor, mais tous rassurent mon père pour la météo qu’ils voient favorable pour un mois. Il y a Pitous, Guy Sizarols avec la chaise à l’envers, il s’appuie toujours sur le dossier, la cigarette sur le bout des lèvres. Firmin Rovira qui a toujours une blague à raconter, le colonel Larche avec son chien, un bouledogue.

Le mardi ils font le bilan du match précédent de la Grenouille, et à partir du jeudi ils construisent l’équipe. Des vrais supporters. Les échanges portent aussi sur les nouvelles recrues. Ravis de constater qu’il y a des grands, du lourd et des méchants, pour se faire respecter à Céret, Thuir, Prades et Elne. Un grand qui ressemble à Jacques Massot.  Cela convient à tout le monde, à Argelès on aime la castagne, mais prudent on attend de le voir sur le stade du Marasquer.  Bref, on parle de tout sauf de coiffure.

Ils attendent 19 heures et le son des premiers coups du clocher pour rentrer à la maison, pour retrouver leur famille, et surtout la bonne «soupe» préparée par leur épouse. Trop petit pour être assis sur le grand fauteuil, Francis dépose une planche en travers pour que je puisse arriver au niveau de la glace et constater qu’il ne me restera pas grand chose sur le crâne. D’autant que les amis de papa conseillent à Francis de ne pas hésiter à faire marcher la tondeuse, la rentrée des classes n’est pas loin. Je suis furieux en silence.  « aquesta setmana t’envia el nen el podes esquila » rétorque Guy Sizarols. Francis Laplace se retourne pour discuter ce qui ne l’empêche pas de continuer à me tondre sans observer ma tête ! Je me demande s’il va me rester des poils sur le caillou… Mais il est impensable pour mon père de m’emmener chez un autre coiffeur, Francis est son ami. Il deviendra le mien aussi. 

19 heures, au premier coup de cloche, ils se lèvent tous, 2 coups ils passent la porte. Guy Sizarols, sans donner un seul coup de pédale à sa mobylette, monte le carrer Llarg. Mon père donne un coup d’œil discret à la girouette du clocher, la tramontane rentre, très bien il fera beau. Firmin tout aussi discrètement inflige un léger coup de pied au bouledogue du Colonel Larche, ce qui énerve  aussi bien le propriétaire que le chien. L’objectif de Firmin est atteint. Ils se séparent tous heureux et tout aussi heureux de retrouver leur famille. La suite avec les vendanges, la St Côme, St Damien, les copains, les ami(e)s, les amours….

Charles

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s